lundi 20 décembre 2010

Les rêves et le monde astral



Entités fugitives, filles du Sommeil et de la Nuit, les Rêves se revêtirent toujours chez les Anciens d'une nature spirituelle propre intermédiaire entre l'homme et les dieux ; caractéristique échappant si totalement à nos contemporains qu'ils n'y voient plus aujourd'hui qu'abstractions vides ou prétextes à toutes les élucubrations de psychiatres en mal d'inspiration. Seuls certains occultistes modernes osèrent aborder leur étude, non sans s'exposer aux calomnies de tous les positivistes en vogue à notre époque. Peut-on s'aventurer à creuser la question ?

L'occultisme est avant tout, comme le mot l'indique, la science de l'Occulte, en d'autres termes, de ce qui n'est pas du ressort des perceptions ordinaires (disons physiques), et c'est là un terrain que l'on ne peut aborder qu'à partir d'expériences directes et non plus rhétoriques, en ce sens que l'on se doit d'étudier alors un monde essentiellement non matériel, ne répondant plus, entre autres, aux lois de causalité, mais à celles de finalité, ce qui inverse du tout au tout les données habituelles. Il dépasserait largement l'espace de ce bref article d'y développer in extenso cette question, du moins peut il être utile d'en mettre en évidence un certain nombre d'aspects fondamentaux peu connus.

Un simple exemple : il vous paraîtra évident de dire que dans le monde physique qui nous entoure le Temps s'écoule du passé vers l'avenir. Celui qui, dans l'état de veille normal, prétendrait le contraire vous paraîtrait assurément quelque peu dérangé, mais il faut bien savoir que dès lors qu'un homme parvient à élever sa perception du plan physique au plan suprasensible dit astral (autrement dit non-physique) les données d'écoulement du temps s'inversent. C'est ainsi, et cela ouvre des horizons insoupçonnés sur nombre de questions touchant à l'énigme d'une de nos expériences pourtant la plus quotidienne : la vie de rêve.

Car cela seul vous permet de comprendre pourquoi, lorsqu'il vous arrive de vivre un rêve circonstancié, souvent fort long et compliqué vous amenant, par exemple, à recevoir un mauvais coup de pistolet en pleine figure ou tout autre chose, vous vous apercevrez, à votre grande surprise, au réveil qu'il ne s'agissait en réalité que de la simple chute d'une chaise due au chat... Et vous vous étonnerez qu'une telle aventure couvrant un aussi long chapitre ait pu se dérouler en une ou deux secondes !... Si vous ignorez que l'âme (ou si vous préférez votre corps astral) ne se trouve plus, en cette occurrence, dans le plan physique, mais dans ce qu'il est convenu d'appeler le « monde astral » – en un monde donc où les lois de causalité sont abolies, mais où règnent celles de finalité – vous ne saurez jamais ce qui vous arrive, incapable que vous êtes de comprendre que vous venez de vivre hors du plan physique, en ce monde des âmes où l'âme s'échappe et se dilate tandis que le temps s'inverse : et partant dans le futur. Car c'est bien dans le futur que la chaise en question sera tombée et où toute votre aventure se sera déroulée – à l'inverse du temps spatial et dans une autre dimension*. Il faut le savoir.

La question qui se pose maintenant c'est celle-ci : cette expérience est-elle réelle (je veux dire les détails de ce rêve correspondent-ils à la réalité astrale du monde en question) ou ne sont-ils qu'un assemblage d'images chimériques et pures fantasmagories ? Oui et non, devrait-on répondre, en ce sens que les réalités astrales ne sont, en aucune manière, comparables aux réalités du plan matériel physique, et partant en quelque sorte directement intraduisibles à la représentation de veille : l'âme « interprète » alors ses perceptions astrales par le biais d'images, symboliques ou non, empruntées au plan physique. Telle est la réalité du rêve : il interprétera de la même manière aussi bien un souvenir qu'une expérience astrale directe.

En effet, des trois états de conscience que l'homme connaît ici bas : état de veille, de rêve et de sommeil profond, chacun d'eux correspond à une pénétration en chacun des trois plans principaux de l'univers humain, à savoir respectivement au plan physique des corps, au plan astral des âmes, et au plan spirituel divin des esprits, chacun d'eux en analogie traditionnelle avec la Terre, la Mer et le Ciel. Ce sont des détails qu'il importe de connaître si l'on veut comprendre ne serait-ce que la réalité du rêve en tant qu'expérience vécue du monde astral : un monde perçu en une sorte de demi-conscience chez la plupart des gens à notre époque, et que le clairvoyant seul perçoit en pleine lumière et dans toute sa vastitude. Un monde supérieur donc où l'homme plonge mobilis in mobile dans un univers totalement non-matériel peuplé d'âmes désincarnées ou non, domaine des forces morphogénétiques et de ces entités élémentaires de la terre, de l'eau, de l'air et du feu décrites en particulier par Paracelse et les occultistes médiévaux sous les noms de gnomes, d'ondines, de sylphes et de salamandres**. Monde où la mort n'existe évidemment pas, mais où seule règne la métamorphose et la continuité de conscience d'un univers intermédiaire essentiellement psychique où l'âme défunte pénètre en premier lieu sitôt après l'abandon du corps physique. C'est là notamment pour les défunts ce Purgatoire transitoire où les âmes se purifient de leurs inclinations viles et de leurs attachements matériels avant de s'élever dans les sphères supérieures de ce que les religions nomment le Ciel (heaven).

Que cela apparaisse incongru ou non, c'est bien dans ce vaste univers intermédiaire entre le physique et le spirituel que le rêve introduit sitôt le corps astral et le Moi dégagés des corps éthérique et physique lors de l'endormissement. S'y retrouvent alors, en divers états de conscience, âmes des vivants et des morts en communauté de vie sous les multiples expériences, bonnes ou mauvaises, se reflétant dans la vie de rêve de l'homme endormi.

Monde inversif par définition du fait de ses lois propres et de l'inversion temporelle qui s'y réalise, c'est évidemment là le domaine d'élection des activités magiques de toutes sortes et de ces sabbats nocturnes évoqués, des siècles durant, dans les innombrables procès de sorcellerie jusque au milieu du 19ème siècle. En fait, ce que les wiccans d'aujourd'hui s'efforcent d'atteindre par le biais de diverses activités cérémonielles assez naïves dans l'ignorance qu'ils sont de l'énorme modification de la conscience depuis le moyen-âge et les fatales années 1840 de ce qu'il est convenu d'appeler en occultisme la « Chute des esprits des ténèbres » dont nous avons souvent parlé. Tenter de renouveler de nos jours l'expérience du monde astral et de tout ce que Goethe décrivit, par exemple, si magistralement dans son Faust sans disposer des plus élémentaires facultés de clairvoyance, même inférieure, c'est s'égarer sans retour dans de vaines gesticulations hallucinatoires ou sexuelles n'aboutissant à rien d'autre qu'à l'illusoire. La pénétration des mondes supérieurs exigeant aujourd'hui, dieu merci, d'autre voies, et ce à plus forte raison lorsqu'on sait que la sexualité n'existe en aucune manière dans les mondes supérieurs : seul l'Astral inférieur en reflète encore la trouble sensualité.

J’ai dit que le plan astral (où se déroulent les rêves de la plupart des hommes de notre époque) est, de par sa nature, le monde de l’inversion. Tout s’y inverse, en effet, depuis le cours du temps qui fait que la cause apparaît toujours après la conséquence – et non le contraire comme dans le plan physique – et que chaque chose, par ex. se révèle toujours en sa couleur complémentaire. En perception suprasensible, en effet, la prairie ne vous apparaîtra jamais verte, mais rouge-rose, et la rose elle-même bleu-vert ; et de même le fleuve roulera ses eaux, non vers son embouchure, mais vers sa source. Un simple exemple tiré de la Bible (Ps.114) et qui fait souvent railler bien des cuistres :

114.3
La mer le vit et s'enfuit, le Jourdain retourna en arrière;
114.4
Les montagnes sautèrent comme des béliers, les collines comme des agneaux.
114.5
Qu'as-tu, mer, pour t'enfuir, Jourdain, pour retourner en arrière?


Un rationaliste s’esclaffera, un clairvoyant saura tout de suite de quoi il « retourne » précisément…
Ceci seulement permet de comprendre le pourquoi des phénomènes de prémonition, de prophétie etc. que la "psychologie" matérialiste actuelle ne parvient jamais à expliquer autrement que par des phrases creuses et des mots vides de sens.

C’est ce caractère inversif de l’Astral qui constitue le fondement des expériences les plus bouleversantes de l’âme sitôt désincarnée, plongée de ce fait en ce que l’on désigne en Occident comme le Purgatoire (Kamaloka oriental). Pourquoi « purgatoire » ? Entre autres choses, parce que l’âme (corps astral) se trouve brusquement confrontée à la réalité de ses propres actes qui lui reviennent comme de l’extérieur d’une sphère-miroir dont elle serait le centre : en bien le bien qu’elle aura fait, en mal… le mal. Ce n’est, en effet, pas Dieu, quel que soit le Nom que vous lui donnez qui vous juge, mais bien vous-même – dans l’expérience de vos propres actes perçus dans la lumière astrale et dans cette “substance” éthérique que l’Oriental nomme Akasha où tous vos actes et paroles se trouvent inscrits comme en une cire indélébile.


Le Miroir des fables ou des tapisseries médiévales n’a pas d’autre intelligence et son sens est très profond. La Femme qui se mire c'est l'âme clairvoyante elle-même, et ce Miroir-là ne montre que la Vérité. Il n'est que de se reporter au conte bien connu de Grimm Blanche-Neige.

La mort n'est donc rien d'autre qu'un simple changement d'état faisant suite à l'abandon définitifs des corps éthérique et physique avant que l'âme ne fasse l'expérience du monde sublunaire où se consumeront ses tares et pesanteurs. S'ensuit alors, au fur et à mesure de l'extension du corps éthérique, le déploiement sur trois ou quatre jours, du vaste tableau de la vie revécue à rebours de l'instant de la mort à la naissance : la dissolution du corps éthérique dans l'éther ambiant laissant ensuite l'âme et l'esprit se dilater lentement au travers des sphères au cours de cette période purgatoire variable d'une durée correspondant exactement au temps que vous aurez dormi dans cette dernière existence, soit 1/3 de la vie passée approximativement. La purification achevée, l'entéléchie humaine s'élève alors jusqu'à la sphère solaire et, selon sa qualité, « jusqu'aux étoiles » pour reprendre les propres termes du Dante au dernier vers de son Purgatorio.

L'expérience proprement dite de la mort, des mystères du Seuil et de la réincarnation ayant été précédemment traitée dans ce blog, il serait superflu d'y revenir. Il y aurait beaucoup, énormément plus à dire sur ce sujet nécessairement limité par le présent support, mais libre à chacun toutefois de compléter plus avant ses connaissances aux sources indiquées.

D'innombrables contes et récits, tels que ceux traitant du Sidh dans la tradition celtique, pour ne citer qu'eux, nous décrivent abondamment sous de multiples images cette nature onirique de l'Astral et du monde intermédiaire immédiatement contigu au nôtre : monde supérieur où nous serons appelés à pénétrer consciemment un jour, soit par le biais de l'initiation, soit dans la mort, et que la plupart d'entre nous connaissent si mal alors qu'ils y plongent pourtant inconsciemment chaque nuit.

WH.



* En l'occurrence non plus dans les 3 dimensions du plan physique, mais dans la deuxième dimension du plan astral, le monde spirituel proprement dit n'en comptant qu'une seule. (cf. R.Steiner. La Quatrième dimension, Mathématique et Réalité, Paris, 2001).

** Autrement dit les entités élémentales des éléments solide, liquide, gazeux et calorique dont la description n'a pas sa place ici. (=> Cf. l'article du présent blog sur les Etres élémentaires )

4 commentaires:

  1. Pour ceux qui se souviennent de leurs rêves et qui savent en tirer une signification, le rêve serait donc une forme d'initiation et c'est une idée que je trouve très positive: on se perfectionne en dormant!

    Je viens de rêver que j'enfonçais l'arrière de ma voiture en faisant un créneau et j'espère que ce n'est pas un rêve prémonitoire, l'avenir me le dira!

    Cordialement
    Elen

    RépondreSupprimer
  2. Bonjour Elen,
    Dans l'état de conscience actuel de la plupart des hommes (et des femmes !) de notre époque, je ne conseillerai cependant à personne de considérer ses rêves comme une forme crédible d'initiation. Trop de possibilités d'erreur et de confusion étant susceptibles d'interférer dans l'interprétation des images et de leur déroulement. Seul un développement méthodique et patient de la conscience au delà du rêve ordinaire permet d'en atteindre une aperception claire, et partant une réelle connaissance de sa nature suprasensible. C'est alors franchir consciemment le seuil du monde astral, et non plus seulement en conscience de rêve : ce qui constitue précisément le premier degré de l'Initiation.

    Quant à ce qui concerne ta voiture, l'histoire enseigne qu'il est toujours délicat de revenir en arrière. Je veillerai donc à ne pas me garer derrière toi... (-;

    RépondreSupprimer
  3. Bonjour, vous avez un blog intéressant, mais je ne comprends pas trop l'acharnement de certains tradis à démoniser le sexe systématiquement. Ca me parait une attitude un peu périmé. Savez vous que le sexe se trouve justement sur le chakra racine, la base des autres chakras? Si on ne déculpabilise pas la chose (Lisez Bioénergie de Stéphane Cardinaux, par exemple), une personne sexualement bloqué n'ira nul part, ni spirituellement, ou autre. Son énergie ne circulera pas. On reconnaitra néanmoins que la sacralisation du sexe est tout aussi ridicule, mais c'est justement à cause que la démonisation suscite fascination.

    RépondreSupprimer
  4. Vous aurez remarqué que l'orientation de ce site est tout à fait étrangère au traditionalisme de quelque cru qu'il soit. Que nous relevions ici, en plusieurs endroits, une relation démonique (voire démoniaque) en tout ce qui concerne la sexualité n'induit pas forcément qu'elle ne soit pas incluse – du moins provisoirement – dans l'ordre naturel du cycle actuel et qu'il faille systématiquement y échapper. Il n'en est pas moins vrai qu'il appartient à l'homme, aussi bien qu'à la femme, de se dégager progressivement de cette dépendance, non par refoulement, contrainte ou inhibition, mais par libération de son emprise en en surmontant les pulsions élémentaires. La clarification préalable du corps astral est à ce prix. C'est évidemment se distancer de l'auteur que vous citez dont les expériences dites « éthériques » ne dépassent, en réalité, jamais ce que la science occulte désigne comme la sous-matière électro-magnétique sans jamais atteindre au spirituel proprement dit. Il en va de même de toute l'école issue des disciples de Freud et de Wilhelm Reich. Mais que cela ne vous dispense pas de creuser la question.

    RépondreSupprimer