
C'est, on le sait, le 3 avril 33 que, tant du point de vue astronomique que de l'investigation spirituelle, se trouve daté le Vendredi saint du Mystère du Golgotha, date de l'effusion du corps suprasensible du Christ dans l'aura de la Terre, et le troisième jour suivant, au lever du soleil, Sa Résurrection en corps charnel sublimé rapportée par saint Jean :
« Cependant Marie se tenait dehors près du sépulcre, et pleurait. Comme elle pleurait, elle se baissa pour regarder dans le sépulcre; et elle vit deux anges vêtus de blanc, assis à la place où avait été couché le corps de Jésus, l'un à la tête, l'autre aux pieds. Ils lui dirent: Femme, pourquoi pleures-tu? Elle leur répondit: Parce qu'ils ont enlevé mon Seigneur, et je ne sais où ils l'ont mis. En disant cela, elle se retourna, et elle vit Jésus debout; mais elle ne savait pas que c'était Jésus. Jésus lui dit: Femme, pourquoi pleures-tu? Qui cherches-tu? Elle, pensant que c'était le jardinier, lui dit: Seigneur, si c'est toi qui l'as emporté, dis-moi où tu l'as mis, et je le prendrai. Jésus lui dit: Marie! Elle se retourna, et lui dit en hébreu: Rabbouni! c'est-à-dire, Maître! Jésus lui dit: Ne me touche pas; car je ne suis pas encore monté vers mon Père. Mais va trouver mes frères, et dis-leur que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. Marie de Magdala alla annoncer aux disciples qu'elle avait vu le Seigneur, et qu'il lui avait dit ces choses. Le soir de ce jour, qui était le premier de la semaine, les portes du lieu où se trouvaient les disciples étant fermées, à cause de la crainte qu'ils avaient des Juifs, Jésus vint, se présenta au milieu d'eux, et leur dit: La paix soit avec vous! » (Jean, XX, 11-19)
« À l'époque de Jésus, il arrivait à bien des gens, durant leur vie sur terre, de 'rencontrer' des défunts proches ; les âmes humaines avaient encore cette perméabilité. Ce que vécurent les disciples avec le Ressuscité était bien plus que cela ; et la Résurrection est tout autre chose que la survie de l'âme. Si les trois années de vie du Christ sur terre trouvent leur sens principal dans le fait même de l'Incarnation, de l'assimilation d'un corps humain par le fils de Dieu, il est évident que la Résurrection, la victoire du Christ sur la mort, concerne aussi la "chair", la corporéité physique qui fut son habitacle terrestre. Comment peut-on se faire une idée de la "résurrection de la chair" ?
Fra-Angelico, Noli Me tangere.
Pour tout homme, le processus de mort recèle bien des mystères de la corporéité. Car mourir, ce n'est pas simplement déposer le corps physique comme on déposerait un vêtement. Certes, au moment du dernier soupir, l'homme abandonne l'enveloppe périssable de son être. Mais, dans le cadre des formes que prennent alors sa vie et sa destinée, les rapports qu'il a eu avec son corps, durant son existence terrestre, continuent à le marquer et à le suivre comme son ombre. Dans la mesure où il s'est englué dans la matière, dépendant entièrement de ce qui est terrestre, l'ombre des réalités dont il se sent à présent privé l'empêche de percevoir le monde dans lequel il pénètre et avec lequel il doit se familiariser. Mais s'il a, durant sa vie, réussi à maîtriser les réalités terrestres et à leur imprimer sa marque créatrice sans en subir la séduction, il dispose d'une clarté rayonnante qui, par-delà la mort, chasse les ombres et éclaire ce qui est obscur. Le pouvoir acquis par son esprit aux prises avec la matière ne se perd pas. Si avant sa mort, il s'est identifié avec tout ce qui est réalité passagère, contingente, il se sent comme paralysé, emprisonné dans l'au-delà. Il ne dispose pas de la force de lumière qui lui permettrait de franchir l'abîme obscur et de rester en communion avec ceux qui sur terre mènent le combat de la lumière contre les ténèbres. Dans la mesure où, sur terre, il a su mobiliser la force libre qui sait arracher à la matière les secrets de l'esprit, et trouver dans ce qui passe les réalités éternelles, il n'a pas à craindre l'ostracisme de l'autre monde. Quoiqu'il ne vive plus dans un corps terrestre, il est capable de rayonner et d'avoir ainsi une action jusque dans le domaine physique, s'il trouve sur terre des âmes ouvertes à travers lesquelles il puisse encore agir. De sorte que l'on peut dire qu'après la mort les âmes, alors qu'elles sont toutes semblables pour ce qui est de l'abandon du corps physique, se différencient néanmoins par ce qui germe en elles comme potentialité d'une corporéité nouvelle.
Le miracle de Pâques, la victoire du Christ sur la mort, c'est que quelqu'un ait pu franchir le seuil de la mort sans que celle-ci ait pu ravir à son esprit la maîtrise de la matière. Durant trois années, le Je divin du Christ avait pénétré de plus en plus profondément le corps terrestre et triomphé des puissances de la matière. Le fruit de ces trois années fut l'imprégnation totale de la substance morte par l'esprit. C'est ce qui explique cette gloire flamboyante de l'humanité divinisée qui transparaît à travers les apparences si tragiques du drame de la Passion. Nous retrouvons en Jésus, à l'heure même du Golgotha, la grandeur souveraine et victorieuse qu'on avait pu sentir en lui devant la tombe de Lazare, ou encore au moment de son entrée à Jérusalem et de la purification du Temple. En partageant le destin de l'humanité mortelle, il avait, sur la croix, offert son corps en sacrifice ; mais son pouvoir sur le corps, la suprématie de son esprit sur la matière étaient tels que les disciples durent avoir le sentiment de le percevoir avec leurs organes physiques. Quoique son corps ne fût pas matériellement saisissable, ils étaient sous l'impression du potentiel inouï d'action et de création corporelles qui émanaient de la présence du Ressuscité. Pour eux, les limites marquées par la mort s'étaient ouvertes, au point qu'ils pénétrèrent dans la zone où l'esprit est capable de donner naissance à la matière. Mais la corporéité du Ressuscité, telle qu'elle s'est manifestée aux disciples, était plus que potentielle. Ce corps pascal était une pleine réalité, une création, un événement au sein de l'univers. »
(Emil Bock, extrait de "Les trois années du Christ Jésus". Editions IONA)
Après de brillantes études de théologie protestante, à la fin de la guerre de 1914-1918, Emil Bock renonça à une carrière universitaire pour se consacrer au mouvement alors naissant de la Communauté des chrétiens née de l'impulsion donnée par l'Anthroposophie de Rudolf Steiner. Il présida aux destinées de ce mouvement de 1938 à 1959, après la mort du pasteur F. Rittelmeyer qui en fut le principal fondateur.
http://spfc441.blogspot.com/2008/12/i-sagesse-paenne-foi-chrtienne.html
Bonjour,
RépondreSupprimerTrès agréable lecture que cette série d'Emil Bock.
Une belle sensibilité traverse ces écrits qui saisit les nuances de la nature des paysages de Palestine (comme on l'appelait alors...) pour les mettre en rapport avec les évènements qui culminent à Pâques 33.
Sa manière de considérer l’Évangile de Jean comme l’Évangile le plus au clair avec les évènements historiques est hardie mais plutôt convaincante.
Merci pour vos contributions toujours stimulantes.
FC
Je ne peux qu'approuver sans réserve votre appréciation. Une grande partie de cette perception des choses remonte directement aux deux voyages qu'il fit en Palestine et qu'il rapporta dans ses Tagebücher (1932 – 1934). Ses écrits sont une somme profondément innovatrice à la lumière de l'investigation suprasensible – en particulier sa mise en évidence, ainsi que vous le soulignez, de la plus grande fiabilité de l'évangile de Jean en matière d'historicité physique concrète. Les « synoptiques » reflétant, en ce cas, plus le vécu intérieur de leurs auteurs respectifs que la matérialité strictement chronologique des faits. Serait-ce pour cette raison que les manichéens cathares tenaient en toute particulière estime l'évangile de Jean comme émanant de plus haute source ?
RépondreSupprimerAu sujet de la résurrection je me suis posée la question suivante...
RépondreSupprimerMarie-Madeleine est la toute première à voir Jésus revenu des morts, mais il lui dit "Noli me tangere" afin qu'elle ne le touche pas, et pourtant, il est évident qu'elle en a fortement envie!
Or, 8 jours plus tard, lorsqu'il apparaît aux apôtres, cette fois-ci il accepte bien volontiers que l'apôtre Thomas, le Didyme, pose ses mains sur sa plaie afin d'avoir une preuve de la résurrection...Pourquoi cette différence de comportement?
Si quelqu'un a une interprétation à proposer...
Cordialement>Elen
Tu poses là, Elen, exactement la même question que Bock posait déjà comme base de tout un développement de son étude sur l'Evangile : « Que signifient l'abrupt contraste et contradiction entre les rencontres pascales de Marie-Madeleine et de Thomas lorsque le Ressuscité repousse avec fermeté la femme qui dans sa joie débordante tend vers Lui les mains, alors qu'Il invitera précisément Thomas [huit jours plus tard] à toucher Ses blessures ? […] Pourquoi donc repousse-t-il l'amour débordant là même où la froide incrédulité se trouvera elle-même si richement gratifiée ? »
RépondreSupprimerIl serait puéril de prendre pour misogynie ce qui participe, en réalité, d'une tout autre justification que seule la connaissance de la nature du corps de résurrection du Christ permet de saisir ; à savoir que la Résurrection du matin de Pâques ne faisait qu'inaugurer un processus qui ne s'achèverait véritablement qu'une semaine plus tard : la densification progressive du corps éthérique du Christ en corps physique sublimé. Mystère que Fra Angelico mit clairement en évidence dans la peinture ci-dessus d'une scène explicitement paradisiaque où la houe du Christ est elle-même transparente et signe. Toutes choses qu'un bref commentaire ne peut qu'effleurer, mais dont le secret semble bien s'être perpétué, par exemple, jusque dans un conte comme celui de La Jeune fille sans mains des Frères Grimm...