mercredi 10 août 2011

La Résurrection de l'âme



Adonis & Aphrodite (Louvre)


Tout comme nous avions abordé dernièrement la Résurrection du corps, les quelques précisions ci-dessous rappelleront que le corps n'est pas seul à pouvoir faire l'objet, en certains cas insignes, d'une résurrection, mais que l'âme de l'homme elle-même, à chacune de ses morts, ressuscite au 3ème jour, non au plan physique, mais au plan spirituel-astral, comme ne l'oublièrent jamais les anciennes traditions :

« Pâques n'est pas une fête introduite par le christianisme. Elle existait bien avant déjà chez les païens. Elle vient de la fête d'Adonis*. La fête d'Adonis a été instituée par les lieux d'enseignement dont je vous ai déjà parlé : les anciens mystères. Adonis était une sorte d'image que l'on se faisait de l'âme humaine. On pensait que la partie psychique et spirituelle de l'être humain était également en lien avec le cosmos. Il faut tenir compte cependant de ce que la fête d'Adonis, reprise dans notre fête de Pâques, considérait encore toutes les circonstances spirituelles et qu'elle était placé de ce fait en automne. L'ancienne fête de Pâques se fêtait donc en automne et de la manière suivante :

On prenait l'image de cette partie psycho-spirituelle de l'être humain et on la plongeait dans l'eau d'un étang ou de la mer pour l'y laisser durant trois jours. La cérémonie était accompagnée par des pleurs et des chants de tristesse. L'ambiance qui régnait au cours de cette fête était la même que pour la mise en terre d'un défunt cher, c'était une véritable fête des morts. Cette fête se faisait toujours lors d'un jour que nous appellerions un vendredi […] C'était une véritable journée des morts en l'honneur d'Adonis. Lorsqu'il n'y avait pas d'eau à proximité, on aménageait un bassin artificiel dans lequel on immergeait la statue durant trois jours, c'est-à-dire qu'on la ressortait après le dimanche. Vous voyez qu'il s'agissait d'une véritable fête des morts : Lorsqu'on retirait la statue de l'eau éclataient des cris et des chants d'allégresse, si bien qu'en chaque âme humaine vivait la plus profonde tristesse durant trois jours suivie de la plus grande allégresse. Le contenu des chants de jubilation était : le dieu nous est ressuscité !

Que signifiait cette fête ? Je répète qu'elle se passait en automne. J'ai évoqué en d'autres circonstances la chose suivante : à la mort, l'être humain dépose son corps physique. Les survivants pleurent le défunt et, selon les dispositions des gens, on instaure une espèce de fête des morts, tout naturellement comme le faisaient les anciens lors de la fête de l'immersion d'Adonis. Mais il manque quelque chose : durant trois jours après la mort, le défunt peut encore regarder sa vie passée. Il a déposé son corps physique, mais pas encore totalement son corps éthérique : celui-ci se dilate de plus en plus et s'évapore, en quelque sorte, dans le cosmos éthérique**. »

D'où – ce que ne précise pas ici Steiner – l'image de l'eau, corrélatif spécifique de l'éthérique en ésotérisme et sens rituel exact de l'immersion d'Adonis.

« Le défunt reste alors dans son corps astral et son moi. Les gens qui instituèrent la fête d'Adonis se sont dit la chose suivante : les hommes doivent savoir qu'ils ne sont pas seulement sujets à la mort mais qu'après trois jours ils renaissent dans le monde spirituel. La fête d'Adonis était là pour le leur rappeler chaque année. Lors de la fête d'Adonis, en automne, on disait : voyez, la nature se meurt, les arbres perdent leurs feuilles, la terre se couvre de neige, de froid, les bourrasques balaient la Terre, celle-ci perd sa fertilité. Elle paraît comme l'être humain à sa mort. Il faut attendre patiemment le printemps pour la voir renaître...

Mais en ce qui concerne l'homme, c'est après trois jours seulement qu'il renaît à la vie spirituelle ! Il faut que cela pénètre dans la conscience de l'homme. C'est pourquoi la fête des morts était suivie immédiatement d'une fête de la résurrection : l'être humain – contrairement à la nature – n'a pas à se soumettre durant tout l'hiver à la mort, du fait qu'il n'est pas comme la nature. L'être humain continue après la mort de vivre dans le monde spirituel. Lorsque la nature se montre couverte de neige et morte durant l'hiver, l'être humain, lui, doit se dire qu'il n'est pas comme elle : lorsqu'il meurt il ressuscite après trois jours...

La fête de Pâques, telle que nous la connaissons aujourd'hui, n'est apparue qu'au cours des premiers siècles de notre ère, aux 3ème et 4ème siècles. Mais c'est précisément alors que les gens ne comprenaient plus rien au monde spirituel et ne cherchaient à ne regarder que la nature. Ils ne se souciaient plus que de la nature. Ils disaient : oui, comment fêter une résurrection en automne ? Où est la renaissance en automne ? Ils ne savaient plus que l'être humain renaît dans le monde spirituel et se sont dit : rien ne renaît en automne alors que la neige vient recouvrir la Terre etc., la renaissance a lieu au printemps : c'est là que nous fêterons Pâques. »


Autrement dit, en réalité, la mort et la résurrection du Christ au matin du dimanche suivant la pleine lune 33 de la Pâque juive de l'époque (פסח). Or qu'était-ce que la Pâque juive à l'origine sinon la commémoration judaïque de la sortie d'Egypte, de la terre de captivité donc, que les chrétiens eurent tôt fait d'assimiler symboliquement à la résurrection d'Adonis hors du plan physique – mais à six mois d'intervalle !...

« Autrefois on attendait la première pleine lune après l'automne et le premier dimanche après celle-ci pour placer la fête d'Adonis, mais à la différence que l'on savait : c'est le contraire, au moment où le ciel envoie la neige, la date tombant toujours entre fin septembre et fin octobre, c'est le meilleur moment pour se souvenir de la résurrection des humains. Les gens n'avaient pas besoin de la résurrection de la nature. » (Rudolf Steiner, Histoire de l'Homme, Editions anthroposophiques romandes, 2010, pp.153-160)

« C'était donc le résultat d'un matérialisme, mais d'un matérialisme qui regardait encore le ciel pour déterminer la date de la fête selon le soleil et la lune. Le matérialisme était donc déjà là aux 3ème et 4ème siècles, mais ce n'était pas encore le matérialisme du lombric comme à notre époque qui ne regarde que la Terre où les lombrics n'apparaissent tout au plus à la surface qu'en temps de pluie. Aux premiers temps où l'on fêtait Pâques, le matérialisme était encore tel que l'on croyait que les millions d'étoiles avaient une influence sur l'être humain. Cela fut oublié dès le 15ème siècle. » (Ibid. p.157)

Il ne saurait être question pour nous, bien sûr, de replacer la fête [de la résurrection] du printemps en automne, tant cette fête est devenue, comme on le sait, celle du Christ, et par là même la nôtre.

« Mais ce que nous pouvons faire assurément, c'est relier à cette fête le sens originel : l'être humain dépose son corps physique à la mort et revoit toute sa vie terrestre passée. Puis il dépose à son tour le corps éthérique et devient un être purement spirituel-psychique dans le monde spirituel. Ainsi approfondit-on également la compréhension du mystère du Golgotha. Car le mystère du Golgotha montre dans les faits extérieurs réels ce qui était montré lors de la fête d'Adonis. Les anciens avaient une image (une effigie), les chrétiens ont, eux, un événement historique. » (Ibid. p.160)

Ces connaissances faisaient originellement partie des premiers mystères chrétiens et ce n'est évidemment pas pour rien que l'empereur Hadrien fit édifier sur la grotte de la Nativité de Bethléem, où naquit Jésus, un temple d'Adonis ***.
WH.



* Du sémitique adôn, "seigneur". Les Sumériens le reconnaissaient sous le nom de Dumuzi, amant de la déesse Inanna, l'Ishtar-Aphrodite des mystères orientaux, gardienne du Seuil de la vie intérieure et régente de l'âme de sensibilité dans la triade des trois forces de l'âme selon Steiner (Philia).

** On sait qu'il est, de nos jours encore, conforme à de très anciennes prescriptions de ne pas inhumer ou incinérer les défunts avant que trois jours complets se soient écoulés – ceci conformément à cette connaissance occulte que ce n'est qu'au terme de ces trois jours que le corps éthérique se trouve entièrement dégagé du cadavre, et que par conséquent toute vie s'en est définitivement retirée. On connaît l'horreur de ces morts bien vivants prématurément enterrés ou retirés in extremis du tombeau.
http://spfc441.blogspot.com/2008/12/la-mort-les-mystres-du-seuil.html

*** Selon Jérôme de Stridon qui vécut à Bethléem à la fin du 4ème siècle (Epistola, 58, 3).


9 commentaires:

  1. Bonjour,

    N'y avait t'il donc aucune fête paienne précédent la fête de pâques du printemps ? (Quelle peut-être l'origine du fameux lapin ?) Y'a t'il un rapport avec Samain des Celtes ? Je m'étonne toutefois que pâques eut pu être fêté en automne tandis que les évènements de Palestine ont eu lieu au printemps.

    Quant à l'aspect spirituel, il y'a décidément un immense terrain à (re)conquérir. De ce point de vue, comme du point de vue matériel, nous ne sommes pas au bout de nos découvertes...

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  2. "La civilisation du Lombric", excellent ! C'est exactement ça... "Par temps de pluie", les églises sont pleines et les gens pleins de bonne volonté, et quand il ne pleut pas les églises sont désertes et les hommes se tapent dessus pour des histoires de chiffons.

    Donc en fait, même quand on est mort, il y a encore moyen de souffrir à cause de la terre et des hommes...

    Je suis en train de lire "Revolte contre le Monde Moderne" de Julius Evola, où il interprète les religions antiques comme ayant enseignés que toutes les âmes n'étaient pas immortelles, pendant cinq minutes j'ai cru que cet article allait le confirmer.

    En tout cas heureusement que tu précise que c'est inutile de déplacer la fête en automne, j'étais déjà sur le point de prendre des dispositions pour le faire...

    Merci pour l'article ! Trés bien...

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  3. @ Ioan-Karl
    L'humanité pré-chrétienne connut toujours une fête du renouveau de la Nature au printemps : elle fut universelle et toujours en relation avec la Déesse de l'amour et de la fécondité – en Grèce Aphrodite dont le mois d'avril a conservé le nom ; en zone germanique Ostara qui nous a donné par translation all. Ostern (Pâques), Ostara dont le lapin-lièvre était emblématique.

    En ce qui concerne la celtique Samain, fête des morts et de la survie des âmes (a posteriori fixée le 1er novembre) son rapport avec la fête d'Adonis est évident. Les Tri nox Samoni, les trois nuits de Samain du Calendrier de Coligny reflétaient d'ailleurs fidèlement les trois jours-nuits post-mortem précédant la résurrection de l'âme dont il vient d'être question dans cet article.

    A noter que ce n'est pas à proprement parler Pâques qui était fixée en automne, mais la fête d'Adonis dont la résurrection – de l'âme – le troisième jour s'était vu tout naturellement rapprochée de la résurrection – du corps – du Christ le troisième jour après sa mort le 3 avril 33.

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  4. Merci bien WH

    @Franziscus, (comment vas-tu?...) quand je lis les critiques de Steiner comme "civilisation du lombric etc" (il y'en a au moins une par cycle de conférence...) je ne peux m'empêcher de penser que pour nous, le début du XXe siècle, c'était très bien, ou, en tous cas, plein de possibilité. Que dirait-il aujourd'hui ?....

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  5. WH, à quand un article sur le mithraisme et Sol Invictus ?

    @ Ioan-Karl : (Bah ça va plutôt bien, et toi ? ...En fait d'une certaine façon, je n'ai jamais été aussi bien depuis au moins 12 ans...) Bah, quand je voit un type comme Hölderlin (et tant d'autres comme lui) qui étaient déjà malheureux à des époques qui sont pourtant pour nous des sujets de nostalgie...

    Par exemple, j'aime beaucoup le faste et le côté "mystique" du XIX ème, mais ça n'empêche pas qu'à côté de ça, il y a toute l'horreur de l'ahrimanisme...

    Donc vu que ces époques, pourtant glorieuses par certains aspects, portaient déjà en germe ce qui se développe maintenant, je pense que Steiner savait trés bien ce qui allait arriver. Le problème, c'est que lorsqu'il prophétise un futur peu glorieux, il prend toujours se ton candide et naïf qui se veut optimiste malgré tout, du style "c'est possible que tu positif ressorte de tout ça et que le malheur n'arrive pas, à condition que les hommes soient suffisamment bien préparés, instruits et que leur volonté soit suffisamment bonne et pure et que des petits ours roses descendent des arcs en ciel".

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  6. +1. Moi, c'est un article sur les Hiérarchies, leurs fonctions et leurs équivalences dans le monde païen qui me plairait bien. C'est certes déjà abordé mais de manière succincte.

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  7. A ma connaissance, Steiner n'a pas traité spécifiquement du monde des divinités païennes dans l'optique des Hiérarchies, insistant surtout sur le caractère luciférien des entités préchrétiennes, qu'elles aient été angéliques ou archangéliques (Numinas latines, Adityas védiques ou Amshaspands iraniens). En ce qui concerne la sphère germano-celtique, s'il rattachait, par exemple, Odhin-Wotan à la hiérarchie des archanges et Thor à celle des anges, c'est en élévation de la nature de l'ange vers celle de l'archange qu'il décrivait, pour notre époque, l'ase apocalyptique Widhar, et le monde des Vanes immédiatement au-dessus des Ases.

    Ceci seulement pour souligner la relative complexité de cette question dès lors où l'on entend ne pas s'en tenir aux définitions abstraites des dictionnaires de mythologie comparée.

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  8. Je ne crois pas qu'un article sur le mithraïsme et Sol Invictus apporterait ici beaucoup plus que nous n'ayons déjà dit, tant le caractère matérialiste des sources qui s'y rapportent aujourd'hui ne nous en restitue que l'aspect extérieur et formel.

    Médiateur entre les Ténèbres et la Lumière, entre Ahrimane et Ahoura Mazda, la nature luciférienne de Mithra transparaît en Inde dès le 14ème siècle av.JC. au côté d'Indra et de Varuna. Pour tenter de répondre avec concision à cette double question de Sol Invictus et de Mithra on peut en dire ceci :

    Comme déjà indiqué sur ce blog, l'Initiation païenne reconnut toujours deux voies : l'une extérieure et l'autre intérieure, les voies d'En haut et d'En bas. Ce que les mystères perses reconnurent toujours comme étant celles menant respectivement aux mondes d'Ahoura Mazda et de Mithra, au monde christique avant l'heure du Soleil Invaincu, ou aux royaumes lucifériens du dieu Mithra. L'Initiation mazdéenne annonçait, en quelque sorte, l'Être solaire christique non encore incarné perçu dans l'astralité extérieure, tandis que l'initiation mithriaque tentait de faire face aux illusions ahrimaniennes par le biais d'une purification de la vie intérieure selon les sept degrés rapportés par St. Jérôme : Corbeau, Epoux, Soldat, Lion, Perse, Courrier d'Hélios et Père respectivement référés à Mercure, Vénus, Mars, Jupiter, Lune, Soleil et Saturne.

    Tenter de plus en dire ici ne ferait qu'inciter le lecteur à négliger un approfondissement méthodique des données de base de Science Spirituelle qui seules permettent d'éclairer valablement le sujet (cf. R.S., L'Orient à la lumière de l'Occident).

    http://spfc441.blogspot.com/2008/12/i-sagesse-paenne-foi-chrtienne.html

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  9. J'avoue avoir toujours du mal à me représenter exactement la différence entre Lucifer et les puissances régulières. J'ai beau avoir le livre Lucifer et Ahriman de Steiner, ça m'échappe encore.

    Faut-il voir les puissances régulières (et donc "le spirituel") finalement comme quelque chose de "pacifiste" et "inactif" à l'image des représentations catholiques actuelles du Christ, des Anges et de Marie, en tant que quasi-spectateurs passifs uniquement tourné vers "l'Amour" ?

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